Récit de la transition : Subvenir aux besoins essentiels

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Définition

Définition :L'individu au centre de ses besoins essentiels.

Nous entendons par besoins essentiels tout ce qui garantit une bonne qualité de vie. Lors des 4 activités de coconstruction du récit, nous avons particulièrement insisté sur l’alimentation, le droit au logement, la santé, l’accès à l’éducation, et le bien-être.





Ce qu'on déconstruit

L’accumulation de capital (argent, possessions matérielles, etc…) est à la base de notre système économique et est considéré comme l’unique moyen de subvenir aux besoins essentiels. Cette dépendance matérielle et mentale à l’argent fait peser une crainte pour notre qualité de vie. Cela pousse plusieurs d’entre nous à faire du travail rémunéré l’unique moyen de répondre à nos besoins essentiels et d’atteindre l’épanouissement personnel. Malheureusement, celui-ci n’est pas toujours un gage de vie décente et de réponse aux besoins essentiels. En effet, pour une majorité de la population les biens de consommation courante (alimentation, logement, garde et soins des enfants ou des aînés à charge) sont relativement chers en comparaison de leur rémunération. L’espoir de travailler moins pour laisser la place à d’autres formes d’épanouissement n’est pas possible pour tout le monde dans l’état actuel, inégalitaire et individualiste, de notre société. Le fait de pouvoir prendre soin de soi par un meilleur équilibre de vie est souvent un privilège des plus riches, même si cela demeure néanmoins une aspiration de tous et toutes.

En outre, la “réussite” se présente comme une responsabilité individuelle plutôt que collective. Nous voulons remettre en cause la place accordée à l’argent et l’accumulation de biens de consommation dans la satisfaction des besoins vitaux et le sens de nos vies. Nous voulons satisfaire nos besoins par d’autres moyens!

Ce à quoi on aspire

Pour commencer, nous aspirons à ce que les besoins de base de toutes et tous soient comblés : que nous puissions nous sentir en sécurité (en matière d’alimentation, de logement, de bien-être), et que nous puissions atteindre un équilibre entre le travail et la vie personnelle. Nous croyons que les services de santé, d’éducation, de soin aux aînés et aux enfants pourraient mieux s’ancrer dans nos milieux de vie et nous impliquer davantage. Ainsi, nous désirons assumer des responsabilités communes et partagées face aux conditions de vie et de bien-être de l’ensemble du vivant autour de nous, et face aux contraintes imposées par nos besoins vitaux. Grâce à l’entraide alimentaire et au développement de la résilience alimentaire, nous rêvons à de grands jardins collectifs qui contribuent à répondre à nos besoins, tout en exigeant de nous l’apprentissage des soins à la terre. Différentes formes d’habitat permettent à tout le monde de se loger. Nous aspirons à des milieux de vie où chaque personne puisse s’émanciper au-delà des besoins de base et s’investir pour le bien-être des communautés. Chacun-e peut dégager du temps pour toutes les activités ou implications qui procurent du bonheur, pour vivre le plaisir d’avoir du temps pour d’autres choses que le travail rémunéré.

Comment on s'y rend

Combler les besoins de base

Nous comblons les besoins de base de tout le monde pour permettre à celles-ceux qui ont des revenus plus faibles de profiter d’un équilibre entre les différentes sphères de leur vie. Que ce soit au niveau de l’alimentation, de la santé, du logement, de l’éducation, ou encore de la mobilité. Des exemples pour l’alimentation et le logement sont donnés plus bas. Tous les individus ont le droit et la capacité de se déplacer, ce qui permet d’améliorer l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la culture et aux soins de santé, tout en limitant l’exclusion sociale. Par exemple, l’accessibilité aux transports en commun est donc garantie pour tou-te-s, que ce soit par la gratuité ou une tarification sociale adaptée, permettant aux ménages de consacrer leur argent à d’autres dépenses essentielles. Par exemple, au Québec, les villes de Sainte-Julie, Beauharnois, ou encore Candiac, ont  rendu le transport en commun gratuit.

Mettre en place un revenu de base universel

Un revenu minimum garanti ou revenu de base universel pour tous les citoyen-ne-s assurerait un plus juste accès au logement et une plus grande équité sociale en général. Il libérerait du temps aux citoyen-ne-s pour s’impliquer dans l’organisation locale de l’accès aux services essentiels ou pour développer leur autonomie alimentaire, leur savoir-faire, leur bien-être ou leur épanouissement personnel, etc. Cela permet aux personnes les plus vulnérables d’assurer leur subsistance et d’améliorer leur état de santé, etc. Ce revenu doit rester  associé à des mesures sociales renforcées pour soutenir ces personnes les plus vulnérables. Au Québec, le projet de l’ARBRE, Alliance des Revenus de Base des Régions Est, expérimente un revenu de base dans les régions de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent. Cette expérimentation a aussi pour objectif de préserver le dynamisme régional en évitant l’exode des jeunes.

Subvenir à nos besoins par l’entraide et la solidarité

Au niveau local, un des premiers gestes à poser est de favoriser le partage à travers la communauté, et de contribuer aux différents services communautaires qui permettent de répondre aux besoins essentiels des personnes en situation de vulnérabilité. Toute la communauté peut se mobiliser lorsqu’il y a des ménages en difficulté, par exemple en cuisinant pour ceux-ci. À titre d’illustration, les popotes roulantes offrent des repas chauds à domicile pour les personnes en perte d’autonomie. Ces repas sont majoritairement  préparés et distribués par des bénévoles. Les Accorderies sont des systèmes d’échanges de services entre voisin.e.s, avec pour monnaie d’échange le temps. Les membres se donnent des coups de main en fonction de leurs savoir-faire et de leur capacité. Le Café Le Signet à Laval produit 200 litres de soupes et potages par semaine à partir de fruits et légumes trop mûrs de l'épicerie du quartier. Les surplus sont donnés à la popotte roulante. Dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, la Maison de l’amitié fait notamment de la distribution gratuite de nourriture une fois par semaine. Sa mission est de favoriser l’intégration sociale des personnes, le développement de l’esprit d’entraide et l’engagement dans la collectivité.

Au niveau de l’État, la solidarité et l’entraide sont assurées par une meilleure répartition des richesses. Une première étape vers plus d’entraide et de solidarité serait donc l'établissement d’un impôt sur les grandes fortunes (source : IRIS). Au cours de la Pandémie de Covid 19, la fortune générée par les grandes entreprises, comme Amazon, a bondi. Une revue de la fiscalité nationale permettra d’améliorer les services publics et de renforcer le filet social (allocations familiales, revenus de base garantis, etc.).

Générer de la richesse dans des espaces publics et collectifs

Il faudra aussi des lieux physiques pour organiser ces services de base et nous croyons pour cela que les institutions locales, comme les cafétérias d’école, les bibliothèques, les réseaux de tiers-lieux (nourriciers ou autres), ou encore les espaces cultivables, pourraient s’intégrer au réseau des ressources disponibles dans les milieux de vie. À Montréal , le Santropol Roulant (OBNL du quartier du Plateau Mont-Royal) est un centre alimentaire communautaire dont le bâtiment est un lieu d’apprentissage et d’échanges autour de la nourriture et de l’inclusion. Que ce soit devant leur bâtiment sur les Terrasses Roy avec des bacs en accès libre pour le jardinage et la tenue d’un marché fermier, sur leur toit, ou dans leur ferme dans l’ouest de l’Île de Montréal, ils s’occupent de récolter leurs propres légumes, de préparer la nourriture et de la livrer aux Montréalais-e-s isolé-e-s. Le Santropol Roulant permet ainsi de renforcer le tissu social montréalais en faisant grandir la sécurité alimentaire en ville, l’inclusion sociale et l’engagement communautaire. Les tiers-lieux, qui peuvent prendre différentes formes, permettent les rencontres, échanges, et création de nouveaux projets collectifs et citoyens par les habitant-e-s du quartier : on peut penser aux Ateliers de la transition socio-écologique (ATSÉ) dans Rosemont-La Petite-Patrie, ou aux bibliothèques “tiers-lieu” comme la bibliothèque Marc Favreau, qui deviennent des lieux de sociabilisation, de création, de partage, et d’apprentissage (voir article Cinq bibliothèques de Montréal dans la société du savoir : une nouvelle génération de tiers lieux).

Se réapproprier les biens et services essentiels

Plusieurs initiatives locales se réapproprient la production, la gestion et la distribution des biens et services essentiels. Prenant la forme d’entreprises d’économie sociale, de communs urbains ou d’organismes sans but lucratif, ces initiatives favorisent l’autonomie des populations et la démocratisation de l’accès à ces biens et services.  

Plusieurs projets et structures permettent à chacun-e de se loger décemment, quelle que soit sa situation, et d’éviter la multiplication des crises du logement. Par exemple, les coopératives d’habitation permettent d’extraire les logements du marché privé et de fournir des loyers abordables (fixés sur le loyer médian) à leurs membres. Ce sont aussi des espaces démocratiques, au sein desquels les membres ont le pouvoir de décider de la gestion de la coopérative. L’UTILE, Unité de travail pour l'implantation de logement étudiant,  développe des projets de coopératives de logement étudiant, comme La Note des Bois, afin d’améliorer l’accès des étudiants à des logements décents et de limiter la pression financière qui pèse sur leurs études. Dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, l’OBNL l’Archipel de l’avenir développe des projets d’habitation à loyer abordable pour offrir des logements subventionnés à des adultes autistes. Un autre exemple : Vivacité (OBNL) a conçu un modèle permettant de devenir propriétaire sans mise de fonds au Québec en s’appuyant sur le modèle des community land trusts développé depuis plus de 30 ans aux États-Unis. L’objectif est d’offrir aux ménages une alternative abordable pour l’accès à la propriété et de soutenir le développement d’une offre immobilière abordable.  

Concernant l’alimentation, plusieurs initiatives visent à collectiviser la production, la distribution et la transformation des denrées alimentaires pour lutter contre l'insécurité alimentaire et en faveur de la souveraineté alimentaire de nos territoires. La coopérative de solidarité, Panier Futé, située à Montréal-Nord vise à fournir des produits alimentaires de qualité et à moindre coût pour les personnes les plus défavorisées. Elle repose sur l’idée que la somme des pouvoir d’achat de tous les membres permet d'avoir accès à des prix de gros. Elle met également en lien les consommateurs avec des producteurs locaux et assure une transformation des denrées périssables invendues pour limiter le gaspillage alimentaire. Son fonctionnement repose sur une gouvernance démocratique et sur la participation de tous les membres à la gestion des opérations quotidiennes. La cartographie des initiatives en transition, développée par le TIESS, regroupe plusieurs autres projets alimentaires au Québec (Nourrir notre monde, le Collectif Écorécoltes, FEEDback Ahuntsic-Cartierville…).

Au niveau de la mobilité, le projet LocoMotion (soutenu par l’OBNL Solon) est un projet de partage de véhicules entre voisin-e-s local et communautaire, dont l’objectif est de donner accès à une diversité de véhicules tout en réduisant ses coûts de mobilité. Il permet de renforcer les liens dans le voisinage, et aux habitant-e-s d’être acteur-trices de changement en s’impliquant dans leur quartier et en se réappropriant leur mobilité. LocoMotion vise à ce que les gens puissent adopter, ensemble, de nouvelles habitudes de transport. Dans les prochaines années, le projet aspire à aller de plus en plus vers une gestion citoyenne et à être porté par des groupes citoyens.

Se doter de nouveaux indicateurs d’évaluation de revenus

Malgré l'existence, au Québec, d’un revenu minimum et de prestations sociales, des travailleurs-euses sont dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins essentiels et à ceux de leur famille. Cela est dû au fait que les mesures sur lesquelles est basé le seuil de pauvreté ne sont pas adéquates, selon l’IRIS (source : IRIS). Pour assurer à toutes et tous de vivre décemment, nous devons établir ce qu’est un “revenu viable”. C’est-à-dire un revenu qui permet à chacun de répondre à ses besoins essentiels. Celui-ci s’obtient en calculant la part que les personnes doivent consacrer à la réponse à leurs besoins (alimentation, logement, soins etc.) pour vivre dignement.